lundi 31 août 2009

L'exil (Atiq Rahimi)

Je me mets à jour de ma lecture des journaux suspendue pendant le mois d’août. Comme me l’avait dit un sage il y a plus de 25 ans, lire le journal, un quotidien, avec quelques semaines de décalage, voilà ce qui permet d’avoir un sens de l’actualité !

Alors, voilà ce que je viens de lire dans La Croix du 7 août dernier.

Et pour ceux qui ne connaissent pas les textes de Atiq Rahimi, c’est l’occasion de vous y plonger. C’est toujours court, rassurez-vous, et surtout superbe.


Entretien Atiq Rahimi romancier, prix Goncourt 2008

L'exil est comme une seconde naissance


Vous avez quitté l’Afghanistan en 1984, sans pouvoir y retourner pendant dix-huit ans. Comment avez-vous vécu cette déchirure ?

Atiq Rahimi : Il y avait une contradiction, une schizophrénie, entre l’Atiq Rahimi qui était resté et celui qui était parti. Ovide disait : « L’exil, c’est laisser son corps derrière soi. » De fait, on croit qu’on laisse derrière soi sa nostalgie, son passé, son esprit, tandis que le corps part ailleurs. En fait l’exil est à la fois l’errance du corps et ce corps déchiré, détruit, mutilé.


Est-ce qu’un exilé peut le rester longtemps ? Doit-il se transformer pour vivre ?

L’exil est comme une seconde naissance. Il creuse un abîme déchirant, impossible, de l’ordre du deuil. On se sépare d’un pays en sachant qu’on est vivant mais aussi qu’on n’existe plus pour ceux qui restent. À l’époque, il n’y avait pas les téléphones portables, ni l’Internet. Il n’y avait aucun moyen de communiquer, d’exister, ne serait-ce que par les mots, pour les autres. Votre identité, votre corps, votre nom, ont perdu leurs racines et il faut les réinventer.


Est-ce la distance par rapport à la terre, à la famille qui fait le plus souffrir ?

Pourquoi s’attache-t-on à sa terre natale ? Pour moi, c’est un profond mystère. Je ne crois pas qu’on puisse le définir. C’est enfoui très profondément dans la civilisation, la culture, qui nous imprègnent. Chez soi, on est pris par tout, la famille, la poussière, l’odeur. Quand j’ai pu retourner en Afghanistan, en 2002, il neigeait. Tout était blanc, comme quand j’étais parti. Mais au début, je n’arrivais pas à réaliser mon retour, à me dire que j’étais en Afghanistan, à croire à la réalité de ces ruines. Tout me paraissait comme un reportage dont j’étais spectateur.

C’est l’odeur de Kaboul qui m’a finalement fait croire à mon retour. Kaboul pue ! Mais la climatisation de l’avion m’avait fait perdre mon odorat. Au bout du troisième jour, d’un seul coup, j’ai perçu cette odeur pénible, piquante, et là, comme un choc, j’ai su que j’étais revenu. C’est effarant à quel point tout est charnel.


Après ce voyage à Kaboul, vous avez commencé à écrire en français. Pourquoi ?

Tant qu’il m’était impossible de rentrer dans le pays, tant que j’étais tenu à distance, la langue était mon seul lien avec l’Afghanistan. Je cherchais mes racines dans cette langue, le dari, c’est-à-dire le persan d’Afghanistan. Comme l’a dit Sigmund Freud, la langue est plus qu’un vêtement, c’est votre propre peau. Ce n’est pas seulement la pensée, l’intellect, le signifiant, le signifié… c’est charnel, corporel. Et moi, j’étais né avec cette langue, avec cette chair, cette identité. Une fois à Kaboul, j’ai retrouvé mes racines, je n’étais plus exilé. Mais autre chose me manquait : je me suis senti un Français exilé dans ce pays. Ce recours à la langue française reflète la nécessité d’un changement de peau, la marque d’une identité complexe.


Aujourd’hui, d’où êtes-vous ?

Quand je suis en France, je suis un Afghan exilé. Quand je suis en Afghanistan, je suis un Français exilé. Quand on quitte sa terre natale et qu’on se réfugie dans une autre coutume, dans une autre civilisation, dans une autre langue, tout ce qu’on fait pour s’adapter creuse la différence et l’éloignement. Car votre pays a suivi pendant ce temps un autre chemin. Chacun va dans un sens opposé, et l’abîme se double. Le retour devient presque impossible. Le retour devient imaginaire. Donc il faut créer sa terre ailleurs. Je ne sais pas où. Peut-être dans les livres ?


Des millions d’Afghans depuis l’invasion de l’Armée rouge en 1979 ont connu l’exil. Pourquoi ?

C’est le paradoxe afghan. À une certaine époque, un réfugié sur cinq dans le monde était afghan. On dit que ce peuple tient beaucoup à sa terre, et c’est vrai ! Il a tenu tête aux envahisseurs tout au long de son histoire.

Mais alors pourquoi cette vague d’émigration lors de l’invasion soviétique ? Si les Afghans étaient si attachés à leur terre, ils auraient dû rester ! Qu’est-ce qui les a fait fuir ? La misère ? Les bombardements ? Mais aujourd’hui, cela continue. Il y a un million d’Afghans aux États-Unis, un million en Europe dont 500 000 en Allemagne. Et la plupart se sont bien adaptés à leur pays d’accueil, à leur nouvel environnement social. Que se passe-t-il donc ? Qu’est-ce qui sépare ceux qui restent, ceux qui résistent, ceux qui partent ? Face à une catastrophe de ce type, il n’y a que trois attitudes : la fuite, la résignation ou la résistance. Celui qui est au front, d’une certaine façon, n’est plus chez lui, comme celui qui part. Celui qui reste accepte la collaboration. Tout cela est très physique, presque animal.


Vos romans ont été écrits en France, et pourtant, ils font ressentir d’une façon extraordinairement sensible l’Afghanistan. La distance favorise-t-elle la création littéraire ?

Oui ! La nostalgie aiguise le souvenir des perceptions. Si j’étais en Afghanistan, je n’aurais jamais le même regard sur les personnages ; l’attente n’aurait pas le même sens. Là-bas, le temps qui passe, la poussière, font partie de la vie. On n’a pas la distance pour en trouver les significations, pour distinguer le monde qu’ils reflètent. En revanche, de loin, tout prend forme, on ne voit que des choses essentielles, en détail. C’est pourquoi je crois que l’exil, comme le disait Maurice Blanchot, est un « mouvement juste ». C’est à travers l’exil qu’on se réalise, qu’on se révèle. C’est donc positif.


L’exil permettrait de grandir, de s’émanciper ?

Exactement ! L’exil crée un décalage par rapport à soi-même et à son entourage, par rapport au contexte. Mais c’est l’histoire de toute humanité. On éprouve toujours une distance entre la réalité et l’imaginaire. Dès qu’on entre dans la société, on s’affronte aux interdits, aux tabous. Tout cela crée un espace entre, d’un côté, le moi, la réalité et le monde, de l’autre, mon imaginaire, mes souhaits, mes rêves.

L’économie, la politique, la religion cristallisent cet espace. La guerre, la terreur, le font d’une manière extrême. La perception de cet écart est très intériorisée en nous, les êtres humains. Et lorsqu’il y a une décision de partir, de quitter sa terre, d’être banni, ce sentiment intérieur se retrouve en phase avec l’extérieur.


Qu’est-ce qui distingue l’exil de l’immigration ?

L’une est choisie, l’autre, subi. Plus ou moins. Dans l’immigration, on part à la recherche de la terre promise, dans l’exil, on est toujours à la recherche du paradis perdu. D’où cet aspect nostalgique, mélancolique qu’il y a chez l’exilé, et la projection dans l’avenir, l’espoir, qu’on ressent chez l’émigré. Ce n’est sans doute pas un hasard si l’exil est au fondement de toutes les religions. C’est le mouvement originel, lorsque Dieu chasse Adam et Ève du paradis et les envoie sur terre. Outre les textes abrahamiques, l’exil est au cœur des grandes épopées grecques. Ou du Mahabharata, lorsque des rois, chassés de leur royaume, fondent la terre indienne. En islam, l’exil du prophète Mohammed à Médine a été retenu comme le fondement du calendrier musulman. Donc, c’est intrinsèque à l’être humain, que l’on soit religieux ou non. On naît exilé, quoi qu’on fasse. J’ai l’impression, personnellement, qu’on est jeté sur cette terre. Comment ? Je ne le sais pas.


Dans votre exil, avez-vous interpellé Dieu : pourquoi moi ? Pourquoi m’as-tu fait ça ?

L’exil est une constante des religions, comme si c’était une preuve - une épreuve - nécessaire de la fidélité des croyants. Ce renoncement au confort, à ses biens, à ses liens affectifs et familiaux, consacre la fidélité envers Dieu, envers une personne ou une idéologie. Quand on est en souffrance, en pleine déchirure, on se pose la question : mon Dieu, je suis peut-être le plus fidèle envers toi et pourquoi est-ce moi qui dois souffrir? Pourquoi pas cet ennemi ? Cela peut conduire à une sorte de colère contre Dieu, que l’on retrouve dans les Psaumes. Pour moi, l’exil a traduit cette révolte contre la société, contre la terreur, contre l’invasion et, petit à petit, contre un Dieu tout puissant. C’est peut-être aussi cela qui le rend enrichissant. L’exil peut être une délivrance !

Recueilli par Jean-Christophe PLOQUIN


Psaume 137 (136)

Au bord des fleuves de Babylone

nous étions assis et nous pleurions,

nous souvenant de Sion ;

aux peupliers d’alentour

nous avions pendu nos harpes.


Et c’est là qu’ils nous demandèrent,

nos geôliers, des cantiques,

nos ravisseurs, de la joie :

« Chantez-nous, disaient-ils,

un cantique de Sion. »


Comment chanterions-nous

un cantique de Yahvé

sur une terre étrangère ?

Si je t’oublie, Jérusalem,

que ma droite se dessèche !


Que ma langue s’attache à mon palais

si je perds ton souvenir,

si je ne mets Jérusalem

au plus haut de ma joie !


Souviens-toi, Yahvé ;

contre les fils d’Édom,

du Jour de Jérusalem,

quand ils disaient : « À bas !

Rasez jusqu’aux assises ! »


Fille de Babel, qui dois périr,

heureux qui te revaudra

les maux que tu nous valus,

heureux qui saisira et brisera

tes petits contre le roc !

samedi 29 août 2009

Religion et hypocrisie (22ème Dimanche)

A qui cette page d’évangile (Mc 71-23) s’adresse-t-elle ? Si nous la lisons aujourd’hui, c’est sans doute que les propos de Jésus, aussi sévères voire violents soient-ils, ne s’adressent pas qu’à ses interlocuteurs de l’époque, depuis si longtemps disparus, scribes et pharisiens. S’il en allait ainsi, ces lignes seraient caduques et n’auraient d’intérêt que pour les historiens. Il ne peut être question de réduire une page d’évangile, aussi difficile soit-elle à entendre, à un témoignage historique qui ne nous concerne pas. Comment faire de ces lignes une bonne nouvelle ?


Certes, il est possible de désigner ceux qui sont à nos yeux les hypocrites, ceux qui installent leur propre tradition en lieu et place du commandement divin. Chacun, j’imagine, saura dire à qui il pense lorsqu’il s’agit de dénoncer aujourd’hui, même vertement, l’hypocrisie dans l’Eglise. La page aurait un peu plus d’actualité. Serait-elle pour autant une bonne nouvelle ?


Il s’agit de ne pas ignorer la véhémence des propos de Jésus. Mais justement, pour en prendre toute la mesure, il se pourrait qu’il ne faille pas trop vite désigner les coupables et s’en exclure car, évidemment, loin de nous toute hypocrisie !


Qui sont ces pharisiens et scribes, si ce n’est des Juifs authentiques, de véritables fidèles du Dieu d’Israël, attentifs à sa parole ? Ce sont des purs ou des spécialistes des Ecritures. Rien qui a priori ne justifie les propos de Jésus. A moins que justement, le meilleur en matière religieuse encourt toujours le risque du pire. La dénonciation de l’hypocrisie religieuse s’impose d’autant plus que les gens sont authentiquement dévots. Si cette page d’évangile est bonne nouvelle pour nous, fidèles, c’est qu’elle nous met en garde contre ce qui, dans le meilleur de notre vie de foi, pourrit cette vie de l’intérieur, et ce d’autant plus que nous sommes profondément attachés à cette foi. Voilà ce que je nous propose d’entendre ce matin. Un propos qui ne vise pas à nous culpabiliser ; un propos qui remarque et dénonce, au cœur de la vérité de la démarche religieuse, un poison qui dénature précisément la grandeur de cette démarche. Il vaut mieux être au courant si effectivement la religion, en ce qu’elle a de meilleur, porte en elle ce qui la pervertit et la condamne !


Il se pourrait qu’il ne puisse en aller autrement. Nous ne parlons donc pas d’abord des Tartufes et autres hypocrites mesquins. Nous parlons de la vérité de la vie religieuse, comme si religion rimait avec hypocrisie. Pourquoi en irait-il ainsi ? Je relève deux raisons seulement. D’abord la grandeur de ce qui est annoncé. Comment voulez-vous que nous ne soyons pas mis en porte-à-faux par le trésor que nous portons ? La bonne nouvelle qui nous fait vivre est aussi celle à laquelle nous résistons et demeurons rebelles.


Il ne peut en être autrement, si du moins, seul le Christ est notre justification, notre sainteté, notre salut. Si jamais nous imaginions parvenir à la perfection évangélique par nos propres forces, si jamais nous imaginions, ici et maintenant, être définitivement débarrassés du péché et de la finitude, nous ne serions pas les disciples qui attendent de la sainteté de Dieu leur propre sainteté.


La communauté, l’Eglise elle-même n’échappe pas à cette dénonciation par l’évangile de son infidélité, de son hypocrisie. Il ne s’agit pas de se morfondre, de s’auto-flageller, mais de se tenir pour dit que la flagornerie est impossible pour la communauté des disciples. Comment pourrions-nous faire la morale sans être nous-mêmes condamnés, non que nous n’ayons pas à dire, parfois, ce qui nous paraît être le chemin de l’humanité de tout homme et de tous les hommes, mais que nous ne pouvons le faire drapés dans la certitude de ceux qui serait fidèles à ce qu’ils annoncent.


Deuxième raison que je relève à propos du rapport congénital entre religion et hypocrisie : l’impossible et cependant nécessaire prise de parole. Nous ne pouvons prétendre légèrement que tout se vaut. Si l’évangile nous a mis en route à la suite du Christ, désormais, tout ne se vaut pas, et l’évangile devient critère de hiérarchisation de nos convictions et actions. Et pourtant, faire du Christ un message de vérité que l’on pourrait enfermer en quelques dogmes, c’est à coup sûr tomber dans l’idéologie ou l’idolâtrie.


Le Christ ne cesse de nous précéder sur l’autre rive où il nous appelle à le suivre, et nous avons toujours une guerre de retard. Il ne peut en aller autrement. Lorsque nous et notre Eglise oublions que nous ne pouvons être à la page, que nous ne pouvons pas tenir le premier ou le dernier mot de la vérité, c’est que nous avons pris notre propre idéologie pour la vérité, nous avons pris nos traditions pour le commandement de Dieu.


En matière de tradition, justement, ne se décide pas aussi aisément que certains le prétendent ce qui est vrai, traditionnel. Jamais on n’est assuré de ne pas substituer au commandement de Dieu notre propre coutume. Alors que la disproportion entre notre foi et notre conversion pouvait trouver une issue dans une forme de modestie de l’annonce, la recherche du sens du commandement de Dieu pourrait, même provisoirement, trouver une voie dans la nécessité de la fraternité ecclésiale, dans la synodalité, l’apprentissage du discernement et de la décision, en Eglise.


Puisse l’avertissement du Seigneur contre les scribes et les pharisiens nous tenir dans une suite toujours plus fidèle de celui qui nous a choisis et appelés.

Textes du 22ème dimanche B : Dt 4,1-8 ; Jc 1,17-27 ; Mc 7,1-23

vendredi 28 août 2009

Saint Augustin 28 août

Thagaste (Souk-Ahras) 13 novembre 354 – Hippone (Annaba) 28 août 430

La reproduction ci-contre « est considérée comme le plus ancien portrait de saint Augustin. Son antiquité n’est pas douteuse, puisque cette peinture à fresque du Latran, à Rome, est communément datée du VIe siècle. On y voit un homme dans la force de l’âge, le front largement dégarni, vêtu d’une longue tunique à manches, blanche et ornée d'une bande pourpre qu’on remarque sur l’épaule droite et qu’on retrouve sur le pan qui descend sur le pied droit : c’est la marque d’une dignité qui est ici sacerdotale. Il est assis dans une cathèdre de type curule, assez maladroitement représentée […]. Sa main gauche est refermée sur un rouleau – un volumen qui atteste sa qualité de lettré et qu’on peut aussi tenir pour un emblème de son œuvre ; la droite tient ouvert et montre un gros codex qui figure bien évidemment "le Livre". […]

Comment a-t-on pu réaliser avec le souci de la ressemblance le portrait d’un homme qui était mort plus d’un siècle auparavant, sinon en reproduisant pour illustrer à Rome une mémoire dont la renommée était déjà immense, un portrait – sur panneau de bois, sur parchemin ? – fait à Hippone de son vivant et transporté après sa mort en Italie ? »

Serge Lancel, Saint Augustin, Fayard, Paris 1999, pp. 9-10


Pour les hommes, c'est impossible

para anqrwpoiV adunaton

Pessimisme diront certains. Ce n’est pas la question. Et justement, les trois mots interrogent. De quoi s’agit-il ? Qu’est-ce qui est impossible? A qui ? Non pas à l’homme, mais aux hommes. Lesquels ? Et qui peut ainsi parler ? Et pourquoi répéter cela ?

Gardons-nous de répondre, laissons vivre les questions derrière l’affirmation péremptoire. Le contexte (Marc 1027) non plus ne devra pas réduire la stupeur, la surprise ou le scandale, l’étonnement qui peut aussi être émerveillement, puisqu’en grec encore, c’est le même mot.

Début de la philosophie que cet étonnement. Début de l’humanité, début de la foi. Un début non comme un premier pas définitivement dépassé, mais comme la source, l’origine toujours actuelle. C’est quoi ? C’est quoi tout ça, tout ce qui nous entoure ? Une illusion, un nuage de fumée, ou la solidité de ce qui se tient, voire la consistance de ce qui nourrit ? C’est quoi ? Mann hou ? disent les Fils d’Israël en voyant la manne. C’est quoi, interrogent-ils ? Dans l’Exode, c’est la nourriture qui sert de support à l’interrogation ; pouvait-on mieux dire le lien de l’étonnement avec la vie ?

Marc-Alain Ouaknin a forgé le terme de quoibilité pour dire l’homme, cette capacité tout à fait propre non pas tant à explorer le monde qu’à s’étonner. Comme il aime le faire, il remarque que la valeur numérale du mot Mann (quoi) est la même que celle de mot Adam (homme), comme si effectivement, s’interroger, s’étonner, c’était cela être homme.

Sylvie Germain cite et commente : « En fait, les questions se lèvent d’elles-mêmes, comme une gerbe sauvage poussant au gré des pas, car en vérité “rien ne va de soi”, tout est sujet à étonnement, à interrogation, pas seulement l’extraordinaire mais aussi, et surtout, les simples choses, le banal, les prétendues évidences. “L’essence des choses et de l’homme se dit mahout (en hébreu), de la racine mah signifiant “QUOI”. L’essence est la “quoibilité”, néologisme que nous créons pour dire cette essence questionnante de l’homme, cette questionnabilité qui maintient l’être ouvert à la possibilité de ses possibles et de son futur. L’homme est une question, un “quoi”, un “qu’est-ce ?”, en hébreu mah. »

Pour les hommes, c’est impossible. Quoi ! Alors que la questionnabilité maintient l’être ouvert à la possibilité de ses possibles ? Encore plus déroutant. On comprend qu’il y ait de quoi se perdre quarante ans, toute une vie, dans un désert ! Pour les hommes, c’est impossible. Quoi ?