vendredi 26 août 2011

La revue Magnificat soutient les croisades

Pour la saint Louis, je suis avec des chrétiens qui animent une prière du matin. Ils se servent de la revue Magnificat. Et voici ce qui est lu en guise de dernière intention de prière :
"Béni sois-tu pour la foi avec laquelle Saint Louis a pris part à l'annonce de l'Evangile jusque sur la terre que tu as illuminée de ta présence."
Je reste interdit. Premièrement, la terre où Jésus a vécu est une terre où il y a des chrétiens. Saint Louis n'y a pas apporté l'Evangile puisque Jésus l'y a prêché, mais aussi parce que des communautés chrétiennes y sont rassemblées depuis 2000 ans.
Plus grave encore, la "visite" de Saint Louis en Terre sainte est... une croisade. Suite à un voeu fait pour recouvrer la santé, le roi organise et part pour la 7ème croisade. Il y a des batailles, des morts, des villes prises. Un peu plus tard, le roi est fait prisonnier et sera libéré contre rançon. Quelques années plus tard, il souhaite repartir pour la 8ème croisade mais mourra sur la route, en 1270, à Tunis.
Et voilà comment les croisades sont occasion de bénir le Seigneur, sans la moindre ombre de repentir. Certes, on ne saurait commettre des anachronismes en jugeant des croisades avec le regard contemporain. Mais l'on ne saurait d'avantage organiser un achronisme. L'ignorance volontaire ou non de l'histoire est la source des pires idéologies, des pires crimes.
Si l'on doutait encore de quelle idéologie abominable participe cet opuscule de piété qu'est Maginficat, on ne pourrait désormais plus prétendre l'ignorer.

dimanche 21 août 2011

Une Eglise pour faire douter

Périple de quelques jours en Castille. Que de villes magnifiques ! En fond de décor, si je puis dire, les JMJ. De nombreux jeunes croisés dans les rues durant les journées en diocèse, et même après, certaines communautés semblant organiser leur propre rencontre dans leur coin ou des diocèses voisins comme Segovie hébergeant aussi des jeunes.

Chaque jour, le rendez-vous de la messe, que je ne sais pas célébrer seul. Je me débrouille à trouver une communauté à laquelle me joindre. Et en Espagne, ce n’est pas difficile. Célébrer la messe dans des édifices merveilleux comme la cathédrale de Salamanque ou le monastère de las Huelgas à Burgos, ou bien dans des lieux marqués par Thérèse d'Avila comme le Carmel où elle vécut pendant trente ans ou Jean de la Croix, au lieu de son décès, ce n'est pas rien.

On retrouve quelques personnes, plus ou moins petites communautés fidèles, enracinées dans ce devoir de prière qui les fait se tenir là, d’être là. Pourquoi ? Pour quoi ? Pour qui ? On peut se demander. Cette Eglise est moins visible que le million et demi de jeunes de Quatro viento. « Ici, je me tiens. » C’est ce que Ricœur désigne, avec Lévinas, comme l’expression de la fidélité à la parole donnée, au devoir d’humanité. "J’ai dit (souvent pas explicitement) que je serai là, et j’y suis." Voilà ce que ces petites communautés disent. Voilà ce que le Pape a essayé de faire comprendre aux jeunes, car j’imagine qu’en les invitant à rejoindre les paroisses, communautés et mouvement, il s’agit bien de cela, se tenir là où nous sommes convoqués et où nous nous devons de nous tenir, puisque nous nous disons ses disciples.

Je ne sais ce que chacun des membres de ces communautés, prêtres compris, vit de la foi. Il y a la dévotion répétitive, des choses à faire, des Ave ou des répons à enchaîner le plus vite possible, les litanies les plus longues possibles. Peu de silence. Il faut faire. Alors que nous sommes désarmés dans la prière et que c’est peut-être cela la prière, ce désarmement qu'il faut bien accepter, lieu de faiblesse, lieu de pacification. Nous tenir là. Nous l’avons promis au Christ, comme Eglise, en réponse à son commandement : faites cela en mémoire de moi.

Les prêtres que j’ai vu présider tous ces jours ne font pas forcément mal, encore que les deux messes d’aujourd’hui (la première m’avait laissé sur ma faim alors j’espérais en fin de journée corriger le tir mais les deux fois, la messe du dimanche n’a pas duré 25 mn !) ne brillent pas par le sérieux des présidents, par ailleurs, sans doute, des confrères très respectables. Heureusement qu’ils sont attachés à de petits rites secondaires. Cela prend au moins un peu de temps.

Ils apparaissent souvent (plus qu’en France ?) fonctionnaires du culte, opérant quelques gestes sacrés et chargés de la transmission d’un message dont ils disent qu’il fait vivre, mais dont ne voit pas comment il peut faire vivre, eux compris. Répéter que le Pape est le successeur de Pierre suffit-il à faire vivre ? Notre Eglise semble confondre impossibilité du savoir absolu et relativisme. Il faut des certitudes. La foi dit la vérité et il n’y a qu’à appliquer.

Eux et les autres baptisés ont fait ce qu’ils avaient à faire. Ont-ils prié ? Se sont-ils livrés au Christ ? Comment le saurait-on ? Et cela ne nous regarde pas. Cependant, outre leur présence que je soulignais plus haut, ils ne m’ont pas bien aidé à prier. Ou plutôt, ils ont exigé de moi un effort de concentration pour être avec eux à ce que nous devions vivre. Ont-ils donné envie d’être rejoints dans une compréhension incroyablement immense de la vie de l’homme, alors que leurs cérémonies semblent bien rabougries ?

Sur la route ou dans la rue, je me demande ce que ma foi a de commun avec la leur. Je ne veux pas juger. Je ne veux pas les enfermer tous dans le chemin de la dérive religieuse, bien loin de l’aventure de la foi. Leur manière de faire m’ébranle, me fait douter. Si ce sont eux les croyants, le suis-je ? Et toi, que vis-tu ? Est-ce la même chose qu'eux ? Oui, bien sûr. Je suis même heureux d’avoir trouvé des chrétiens et d’avoir pu, bon an mal an, célébrer authentiquement avec eux les saints mystères. Le geste de paix est peut-être le plus fort de tout ce rituel. Et pourtant…

Tous ces gens peuvent-ils ne pas voir que le respect de règles fixées par l’Eglise ou leur piété n’est rien ni de l’amour du prochain, ni du culte dont parle Jésus, notamment lorsqu’il fustige ceux qui rabâchent comme les païens. Certes, l’office du milieu du jour à Silos, la messe à las Huelvas ou devant le tombeau de Jean de la Croix montraient un autre visage, avec, outre les moines et moniales, les mêmes petites communautés locales.

Mais si l'Eglise faisait douter, elle pourrait, à son corps défendant, et malgré l'horreur de son péché, contribuer à édifier une foi qui ne pourrait être certitude.


Illustration : Thomas et le Christ, détail, Silos

samedi 13 août 2011

Impression, mitigée, des JMJ

J’ai retrouvé la délégation lyonnaise aux JMJ lors de son passage, mercredi soir, à Barcelone. Nous avons célébré l’eucharistie, présidée par le Cardinal Barbarin. La soirée s’est poursuivie par la visite de la Sagrada Familia.

Je suis bien triste de ce que j’ai vu. Non, c’est exagéré. Il y avait la bonne humeur, même la joie d’un millier de jeunes. Il y avait l’engagement de certains au service de tous. Il y avait des personnes à retrouver, certaines pas croisées depuis des années. Il y avait de nouvelles rencontres, éphémères, mais bien sympathiques.

Cependant trois détails que je ne sais pas maintenir à leur place. Une liturgie prise en charge par des gens bien sûrs de leur science en la matière, mais peu compétents. Passe que l’on oublie le gloria. Ce n’est pas grave, sauf quand on prétend savoir. Mais que la prière universelle ne soit pas un moment suffisamment important pour que l’on ne fasse rien d’autre que de prier, là, non. Et que faisait-on pendant ce temps ? Deux servants d’autel disposaient les nappes sur l’autel, en plein centre du champ de vision, juste sous le nez du président. Comme si ces petits préparatifs de l’autel valaient plus que la prière des fidèles. Comme si, histoire de leur laisser le bénéfice du doute, ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient.

Deuxième détail. Les chants. Il me semble que tous appartenaient au répertoire des communautés nouvelles. Rien des paroisses, rien des mouvements. On impose un répertoire et l’on s’étonne ensuite que les jeunes ne se retrouvent pas dans la pastorale ordinaire, à moins que l’on ne veuille forcer cette dernière à se ranger derrière les communautés nouvelles. Ce serait donc cela la nouvelle évangélisation. On instille de la division dans l’Eglise, par la pratique. Il a fallu que ce soit des Scouts d’Europe qui chantent des refrains de Taizé à la Sagrada Familia !

Troisième détail. Le mot de l’archevêque à la Sagrada familia. De la piété, oui. De la foi, je n’oserais trancher. Quant à répondre à des interrogations, certes non. Asséner des vérités totalement déconnectées de nos vies, oui. Que voulez-vous, il faut remercier St Joseph. Et c’est avec ça que l’on annonce l’évangile ! Pas une phrase de l’évangile ne pourrait être avancée pour supporter cette dévotion. Le 19ème siècle triomphe, retour tridentin ; retour de la gloire tridentine. Plutôt que d’ouvrir à un chemin de spiritualité qui est combat de la foi, on a des trucs à faire, remercier St Joseph, en l’espèce, et nous voilà chrétiens.

Découvrir et rendre grâce pour sa famille. Oui, c’est bien joli. Mais est-ce si évident ? Toutes les familles de tous ces jeunes sont-elles des milieux à propos desquels il s’impose que l’on rende grâce ? Est-ce seulement possible. La deuxième famille, l’Eglise. Oui, pour la découvrir, s’en vouloir membre. Mais là encore, pas un mot, du moins si j’ai bien entendu, sur une famille un peu moins idéale que prévue. A dire le bien sans le mal, on fait de l’idéologie, pas de l’évangélisation. Le mot d’accueil de la messe se défendait lui déjà en matière de discours idéologique ! On galvanise les foules sur des certitudes d’autant plus assénées que l’on évite toute réflexion, que l’on occulte la complexité de nos existences. Tous ces jeunes, évidement, ne sont pas comme ceux qui n’ont pas de valeurs. Dans l’Eglise, on sait le chemin. (On aurait juste pu se demander combien de tous ces jeunes, majoritairement célibataires, vivaient effectivement leur sexualité dans la continence, selon que le requiert l’idéologie officielle. On aurait vu le grand écart. Mais on ne veut pas le voir.)

Quant à la troisième famille, la famille humaine, je ne peux rien dire, j’ai été entrepris par quelqu’un et n’ai pas pu entendre. J’avais osé souffler que la Sagrada Familia, ce n’était pas tant la famille de Jésus, Marie, Joseph, dont on ne sait pour ainsi dire rien, qu’elle est principalement notre idéal de la famille projeté dans le ciel, selon le modèle décrit par Feuerbach. La Sagrada Familia c’est surtout la vocation de l’humanité.

Le travail apostolique ressemble à travers ces trois ou quatre détails au trois D du Cardinal Dias : Disciple, Dévotion, Doctrine. Où sont la liberté et la responsabilité ? Où est l’aventure spirituelle, aventure dans ou de, ou avec l’Esprit ? Où est la foi ? Tout cela n’importe pas. C’est juste la fin de l’évangile au nom de l’évangile. Le grand Inquisiteur de Dostoïevski n’est pas mort. Il étend ses méthodes. Certes la violence est moindre, et ce n’est pas rien. On prend juste le soin d’ignorer ceux qui ne pense pas comme nous. C’est une violence bien cinglante tout de même.

A quoi bon ce coup de gueule, sa publication ? Peut-être pour faire entendre une autre musique, pas forcément meilleure, mais qui ne peut au moins pas prétendre être la seule. Et c’est sans doute nécessaire pour ceux qui n’aiment pas les fanfares qui font que l’on n’entend plus rien. Et c’est sans doute nécessaire pour casser le silence respectueux et complaisant des courtisans. Et c’est sans doute nécessaire pour ne pas se décourager totalement de la capacité de l’Eglise à annoncer l’Evangile.

Je trouve dans La Croix du 12 août ces lignes : « Mgr Georg Austen, qui fut de 2002 à 2006 secrétaire des JMJ de la Conférence épiscopale allemande, prolonge la réflexion : ″Je crains que les JMJ ne deviennent un instrument qui utilise les jeunes, surtout dans une période où l’Église est en difficulté. Il est important que ces jeunes puissent arriver avec leurs questions, et pas seulement rejoindre une structure préexistante.″ »

dimanche 7 août 2011

Noche de la fe (Decimonoveno domingo)

Una primera lectura del evangelio podría hacer pensar que la fe seria la actitud según la cual deberíamos creer lo más increíble. Una palabra más, y podríamos decir que la fe consiste en creer lo mas insensato, lo más absurdo. Se dice la frase atribuida a Tertuliano : credo quia absurdum, creo porque es absurdo.
Andar sobre el agua, no es un problema si crees, y si no puedes ir hasta tu destino, es la prueba que te falta le fe. ¡ Que poca fe ! ¿ Por qué has dudado ? Por lo tanto, hay gente que no entiende porque la Iglesia conoce tan dificultades. ¡ Tenemos que esperar, que rezar, y lo que pedimos nos será dado ! Si no, es la prueba que nos falta la fe, y esto explica la crisis de la Iglesia.
Pero, hoy, en una cultura técnica, los creyentes también saben que el mundo es autónomo, funciona según las leyes de la naturaleza, que Dios no puede intervenir para cambiar el desarrollo de las cosas. Somos salidos de un mundo mágico, a diferencia de las culturas primeras.
Los jóvenes, más que muchos, no pueden creer contra lo que aprenden por la ciencia, o bien, al contrario, pueden aceptar cualquier cosa, desconfiando de la racionalidad. Y prefiero la racionalidad que el irracional porque nuestro Dios envió a su hijo, es decir a su palabra, a su logos, a su razón, por el cual hizo todas las cosas, creo el mundo.
Como lo dijo el pastor Bonhoeffer, que estuvo en Barcelona durante dos o tres años al inicio del siglo 20, no creemos en un Dios figurante, rellenos las raciones cuando no podemos explicar las cosas. El milagro nunca es una solución para explicar el mundo ; la fe no explica lo que la ciencia no puede, sino, cada vez que la ciencia progresa, la fe pierde terreno.
Diciendo esto, volvemos a conocer la experiencia de todos los creyentes. Juan de la cruz y la tradición del Carmelo hablan de la noche de la fe. La fe no explica nada. Nada, nunca nada. No creemos para comprender, incluso si nada es más inteligente que la fe. No creemos para explicar, para buscar las raciones de la cosas, la racionalidad ; y, sin embargo, nada es más racional que la fe.
La tradición del Carmelo encuentra en Elías su fundador. La historia de Elías, el ciclo de Elías, cuenta la competencia entre el dios Baal y el Dios de Israel. Podríamos decir que Elías organizo un concurso de dios. ¿ Quien podría encender el altar y las victimas, las ofertas ?
Naturalmente, el altar de Dios, del verdadero Dios, se enciende. Y Elías, victorioso, mato a los profetas de Baal. Sin embargo, se volvió triste, deseando morir. ¿ Porque morir cuando hemos ganado ? Me parece que se percibió que se había equivocado de Dios. Hizo como los profetas de Baal, utilizando la fuerza, la de la persuasión, para mostrar a su Dios. Pero si Dios viene al final de una prueba, no hay mas sitio para creer, solamente para saber.
No vale Elías más que los demás. Es como sus padres, como los de su pueblo. Hay que morir. Dios lo dio una nueva suerte. Dios le salvo por donde había pecado. ¿ Como reconocer a Dios ? No hay nada a ver. Nada en el viento, nada en el terremoto, nada en la tempestad.
En el silencio, en el ruido de una brisa tenue, es decir, sin oír nada, Elías se tapa el rostro. Dios está aquí. Ninguno milagro, ninguna evidencia, solamente la noche de la esperanza y de la confianza, es decir también, la noche del dudo y de la imposibilidad de creer.
En un mundo desacralizado, desencantado, no hay la posibilidad de lo maravilloso. Nos quedamos en silencio, esperando al pasaje de Dios como una brisa tenue, interpretando su silencio como el signo de su presencia, entendiendo la ausencia de Dios de otra manera que los no creyentes, pero viviéndola como ellos. La ausencia de Dios, a la cual estamos confrontados, es para nosotros el índice de su presencia. Su presencia es lo que permite de entender su ausencia, no como un abandono sino como la forma de esta presencia. Así no podemos confundir nuestro Dios y un ídolo.
El creyente hoy, es un místico o no es, es como Elías o Sant Joan de la Cruz, viviendo en la noche de la fe, seguro que nada es más inteligente que la fe y sin embargo que la fe no se prueba. El creyente de hoy espero a su Dios, mendiga a su Dios.