mercredi 30 octobre 2013

Sainteté, vie avec Christ, résurrection, vie éternelle, service des frères (Toussaint 2013)

Nous fêtons tous les saints. Nous fêtons la victoire sur la mort et le mal acquise par le Christ. Jésus restaure en tout homme l’image de son Dieu selon laquelle tous avaient été créés. A la fin du temps, le rappel du commencement mythique annonce la vocation de l’homme : ni la mort ni le mal ne sont son destin.
Affirmation de foi que l’on peut certes apprendre et dans l’habitude de laquelle on peut vivre de sorte qu’elle devient une évidence. Certains d’entre nous sont cependant troublés. Alors que tant de ceux qu’ils aiment considèrent cette affirmation comme fadaises, eux-mêmes ne savent plus ce qu’ils croient. Ce n’est pas qu’ils manquent de foi ; ce n’est pas qu’ils sont contaminés par l’athéisme contemporain. Ils sont seulement conviés à rendre compte de l’espérance censée les habiter autrement qu’en affirmant. Il leur faut trouver des mots qui rendent pensable l’annonce de la victoire sur la mort et le mal, qui rendent compréhensible une célébration comme celle de la fête de tous les saints.
On dit que nombre de chrétiens, y compris parmi les pratiquants réguliers, ne croient pas en la résurrection. Il n’est d’ailleurs pas certain que ceux qui disent y croire confessent la foi de l’Eglise. L’ébranlement que constitue la contestation ou l’ignorance par la société du cœur de la foi nous oblige à nous interroger. Que disons-nous lorsque nous confessons la résurrection ? Que disons-nous lorsque nous célébrons tous les saints ?
Il faut dire d’abord que l’on ne sait pas grand-chose d’une vie après la mort, si c’est cela que désigne la résurrection. Nombre de nos discours ont été démontés comme subterfuge pour échapper à la perte irrévocable de ceux que nous aimions, pour nous consoler, ou comme moyen de coercition. La peur d’une damnation éternelle vaudrait mieux que tous les gendarmes moraux ! Il faut reconnaître que même les plus subtiles en théologie n’ont pas été toujours très bien inspirés, ainsi saint Thomas d’Aquin qui pensait que les corps célestes étaient sphériques, car la sphère est le volume parfait. Il est vrai que son légendaire tour de taille lui donnait déjà un air de ressuscité !
Il me semble que nous nous devons à une ascèse du discours lorsque nous parlons de la vie après la mort. Nous n’en savons rien et les Ecritures recourent systématiquement à un discours codé lorsqu’elles se hasardent à en dire quelque chose. C’est le genre apocalyptique, c’est le genre parabolique, par exemple.
Sommes-nous alors réduits au silence ? Je ne le crois évidemment pas. Le point de départ de la confession de foi en la résurrection des morts, c’est-à-dire à la sainteté des élus, réside dans la vie présente, ici et maintenant. C’est parce que, aujourd’hui, nous prétendons vivre en amitié avec Dieu, qu’une vie après la mort est possible.
Vous me direz, il n’est pas plus aisé de montrer le sens de que ce que nous prétendons vivre avec le Christ aujourd’hui que celui d’une vie après la mort. Ce n’est cependant pas certain. Certes, comme le dit la lettre aux Romains que nous lisons ces jours en semaine, nous croyons en espérance. Et si jamais la modalité de l’espérance était remplacée par une certitude du genre deux et deux font quatre, nous serions sans doute en dehors d’un acte de foi. Certes, rien ne garantit que ce que nous prétendons être l’amitié avec le Christ n’est pas une illusion. Et nous ne pourrons jamais complètement écarter, du point de vue de la connaissance, ce risque car l’on ne justifie pas la vie avec le Christ, puisque c’est elle qui justifie tout, et notre vie, et ce monde, et la résurrection, et la sainteté.
Mais tout de même, notre expérience de foi n’est-elle pas qu’il est vivant celui devant qui nous nous tenons, ainsi que le disait déjà le prophète Elie ? Et si nous avons la grâce de l’avoir entendu, bien sûr sans qu’il y ait de parole dans ce récit, ni de voix qui s’entende, si nous avons eu la grâce de l’avoir entendu nous appeler ses amis, alors ce que nous vivons aujourd’hui avec lui est déjà vie éternelle, est déjà résurrection. Vous êtes ressuscités avec le Christ. Si déjà une vie divine est possible, alors pensez bien que la mort n’y changera pas grand-chose ! Voilà ce que nous pouvons affirmer de la vie éternelle, de la sainteté des élus. Si nous vivons déjà avec le Christ, qu’est-ce qui pourra nous séparer de son amour ? Rien, pas même la mort !
On nous objectera, et l’on n’a pas besoin que l’on nous objecte, nous sommes assez grands pour le remarquer nous-mêmes, que cette vie ici et maintenant elle aussi peut être subterfuge ou illusion. Mais peu nous importe car cette résurrection qui nous fait rechercher les réalités d’en-haut trouve son ancrage dans la réalité de l’existence humaine, dans le service des frères. Imaginons un instant que l’amitié du Christ soit illusion, la sainteté née dans le service du frère sera toujours cela de gagné pour rendre un peu de dignité à tout homme, pour le saluer, pour le sauver de l’oubli. Mais si en plus, si ce service était le chemin par lequel nous entendons effectivement le Christ nous déclarer ses amis, alors, oui, nous sommes déjà ressuscités avec le Christ, alors chercher les réalités d’en-haut c’est servir le frère, alors la sainteté est déjà le lot de tous ceux qui se font prochains de leurs frères, qu’ils connaissent ou non le Seigneur de gloire.


samedi 26 octobre 2013

Le péché, chemin de sainteté (30ème dimanche C).

Avec une telle parabole en noir et blanc, opposant le bien et le mal, il est bien difficile de ne pas se croire immédiatement du bon côté. Qui d’entre nous revendiquerait d’être le pharisien ? Qui pourrait écouter sans se sentir agressé un propos qui le rangerait du côté du pharisien ? Quand on voudrait que l’évangile nous conforte, voilà qu’il nous en met plein la figure.
Le prédicateur devra-t-il pour ne déplaire à personne faire croire que tous sont publicains ? Pas certain qu’il se fasse mieux entendre. Car ces publicains de l’évangile sont ceux que l’on appelle aujourd’hui les salauds, l’exact opposé de una muy buena persona ! De sorte que l’on est soit quelqu’un de bien mais empli de la conscience de soi jusqu’à l’écœurement, soit quelqu’un de malhonnête que son humilité rachète.
Du coup, ce n’est pas une parabole en noir et blanc, c’est une parabole en noir et noir. Personne pour racheter l’autre. Comment voulez-vous que le prédicateur se fasse des amis ? Comment Jésus peut-il attirer à lui avec de tels propos ? Nous mesurons le politiquement incorrect de ses paraboles.
C’est que dans ces textes, un chemin est fermé, est dénoncé comme impossible de façon appuyée. L’homme ne fait pas sa sainteté. L’homme ne peut être un juste. Seule la contagion du Saint rend saint, autrement dit, seul le service du frère rend saint puisque c’est à aimer le frère que l’on vit dans la proximité du seul et trois fois saint.
Pour les hommes c’est impossible. Et le pharisien est pire que le publicain, non que son crime soit à la hauteur de la trahison, de l’amour de l’argent ou du sexe du publicain, mais que le pharisien s’accommode de la vilenie ordinaire au point de l’ignorer. Il se pense homme de bien. Ce mensonge est son crime, son hypocrisie sa perte. Il est incapable de tout secours. Il n’a rien à demander, rien à recevoir puisqu’il peut tout, puisqu’il peut de lui-même être saint, parfait.
Le publicain n’est pas plus humble que l’autre, ou du moins nous n’en savons rien. Il est seulement dans l’incapacité de tricher avec sa tricherie. Elle est telle qu’il ne peut la cacher ni l’ignorer. Sa forfaiture saute aux yeux, on ne voit qu’elle. Heureux est-il, non d’être un salaud, mais d’être contraint à attendre d’un autre la justice, sa justification, la vie.
Serait-ce que cette parabole nous oblige à nous reconnaître misérables pour croire en Dieu ? Nietzsche aurait-il raison à dénoncer la religion du petit homme ? Mais si Nietzsche a raison, c’en est fini de l’évangile. Car jamais on ne montrera la grandeur de Dieu à diminuer l’homme, car le dieu du petit homme n’est pas digne d’être Dieu. Le Dieu qui est digne d’être cru est celui dont les fidèles n’ont pas besoin tant ils ont de ressources pour vivre bien, bonnement, sans lui. Il est le Dieu d’hommes et de femmes capables de tout, pour le meilleur et pour le pire, nous le voyons bien ; capables de tout sauf de se donner ce qu’ils ne peuvent que recevoir.
On a inventé à la fin du Moyen-âge une expression qui voulait rendre compte de la grandeur de Dieu. Ce monde est tellement bien, bien fait, qu’il faut le comprendre etsi Deus non daretur, comme si Dieu n’existait pas. La gloire du créateur, c’est d’être ignoré !
C’est incroyable. C’est incroyable du moins tant que l’on reste dans la logique de l’utilité, des préséances, des hiérarchies. Mais si l’on entre dans la logique de l’amour, alors tout change. La gloire, la joie des parents ne réside-t-elle pas dans le fait que leurs enfants n’aient plus besoin d’eux ?
Notre publicain cependant fait encore un pas. Il n’est pas le publicain, mais celui le publicain qui va au temple pour prier. Et nous sommes invités à le suivre. Notre publicain se reconnaît en dette. Assurément le péché est un chemin de la reconnaissance de dette. Le publicain ne nous oblige pas à le suivre dans sa mauvaise vie, même si notre péché est chemin de sainteté, pour peu que nous le regardions en fasse et ne nous croyions pas blanc comme neige, tel le pharisien. Oui, notre péché chemin de sainteté. C’est du saint Paul, là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé.
Il est certes d’autres chemins que celui du péché pour apprendre l’être en dette, par exemple celui de l’action de grâce. Et nous le savons bien nous qui venons faire eucharistie chaque dimanche. La gratuité, l’inutilité de notre Dieu que cependant nous continuons à chérir en est un autre. Nous vivons d’être en dette et la réside notre joie. Le publicain nous indique le chemin de l’être en dette. Notre bonheur est de tout recevoir. Comment pourrions-nous alors ne pas compter sur le Seigneur ? Mais que celui d’entre nous qui n’a jamais péché se bouche les oreilles et que les autres écoutent la béatitude. Bienheureux pécheur qui a trouvé son sauveur. Non pas bienheureux d’avoir fait le mal, mais bienheureux parce que, pécheurs, nous demeurons aimés

samedi 12 octobre 2013

Tous sont guéris, un seul fait eucharistie (28ème dimanche C)

Voilà un évangile eucharistique (Lc 17,11-19). Le mot n’est malheureusement pas traduit dans notre version, mais il est en toute lettre dans le texte. On lit au verset 16 : Il se jeta la face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce, en l’eucharistiant.
Bien qu’il n’y ait nulle trace de pain ni de vin, de présence réelle ni de tabernacle, le récit est une catéchèse eucharistique. C’est que l’eucharistie n’est pas ce rite hypertrophié qu’on en fait parfois. Elle est l’action de grâce, le remerciement de l’homme rendu à la vie, débarrassé de sa lèpre.
Le récit de la guérison met en scène une réinsertion dans la société de ceux qu’on a exclus pour ne pas risquer la contagion d’une maladie aussi terrible qu’incurable. Ils ne sont déjà plus de ce monde, les lépreux, tant que la médecine n’a pas trouvé comment les soigner. Ils vivent comme des morts, dans les tombeaux de la société, dans ses poubelles.
Qu’il s’agisse dans l’évangile de lèpre, comme dans la conversion de saint François d’Assise, signifie bien d’avantage que s’il l’on avait parlé d’une autre maladie. Ces hommes, ces dix hommes, ne reçoivent pas la guérison, mais sont rendus à la vie, sont ressuscités. Ces dix lépreux expriment la multitude qui reçoit la vie, non de sa naissance du sein d’une mère, mais de la renaissance, celle de l’homme nouveau. Eucharistie et résurrection vont toujours de pair. Don de la vie et action de grâce pour ce don, pour la vie ; action de grâce qui donne de pouvoir vivre de ce qui fait vivre plus consciemment.
C’est que la vie nouvelle ne se voit pas tant que cela. Tous ne la connaissent pas même si tous en sont les destinataires et les bénéficiaires. La vie paraît tellement due, évidente, destinée de l’homme, que l’on s’aperçoit de sa gratuité lorsqu’elle manque. Mais lorsqu’elle est là, on peut ne pas la voir. La vie nouvelle est grâce, gratuité, sans raison. Or, hier comme aujourd’hui, tout ce qui n’a pas de prix, tout ce qui ne coûte rien, ne compte pas.
Drôle d’expression d’ailleurs, que ce ça n’a pas de prix. On veut justement dire que c’est de l’ordre de la démesure, de ce qui échappe à la mesure. La vie de l’homme n’a pas de prix, la vie de l’homme non pas comme produit biologique, mais comme existence devant l’autre, devant Dieu. Et voilà ce dont tous, les dix, il n’en manque pas un, voilà ce dont tous, la multitude, sont les bénéficiaires. Sang versé pour la multitude, sang versé pour tous, qu’il n’en déplaise à ceux qui imaginent que Jésus aurait écarté quelques uns de son don !
Que faire à recevoir cette vie ? Que faire comme hommes nouveaux ? Rien, pensent certains. Tout cela n’est que dû. Ou plutôt, ils ne pensent pas qu’il y ait quelque chose à faire tant la vie est due. Un seul revient. Drôle de type, un étranger, un schismatique, un hérétique, un juif pas tout à fait juif, un type venu d’ailleurs. Non seulement il errait dans les tombeaux de la société, mais encore il n’était pas de cette société, marginalisation au carré.
Cela doit demeurer une curiosité l’action de grâce, l’eucharistie. Recevoir la vie comme un don, la vie nouvelle, et non la réclamer comme un dû, voilà qui étonne hier comme aujourd’hui. Tous ne font pas eucharistie, mais un seul. Tous, la multitude a été guérie.
Et notons que ce pour quoi ce samaritain fait eucharistie, notons que l’eucharistisation de Jésus si j’ose transcrire littéralement, n’est pas un morceau de pain et en droit un peu de vin qui en pratique n’est jamais distribué. Nous ne rendons pas grâce pour le pain et le vin. Nous ne faisons pas d’action de grâce après la communion comme si ce que Dieu nous avait donné c’était ce pain et ce vin ! Ce qu’il donne, c’est la vie. Et nous rendons grâce en venant encore nourrir cette vie, en recevant encore, en mangeant le pain et buvant le vin.
La gratuité de l’eucharistie, de l’action de grâce, répond à celle du don par Dieu de la vie. Un seul revient, tous, la multitude est guérie.
Le Seigneur n’est pas caché dans le tabernacle. La présence réelle n’est pas autre chose que l’Esprit, invoqué sur les oblats et sur l’assemblée, qui donne la vie, qui ressuscite, qui donne son souffle, divin, à l’homme nouveau. Et lorsque nous mangeons ce pain et buvons à cette coupe, nous donnons chair, matière, au don par Dieu de sa vie. Le don de Dieu ne se voit pas. Le sacrement, signe visible et efficace le rend visible.
Catéchèse eucharistique que ce récit de la guérison des dix lépreux. Invitation à ouvrir les yeux non sur les espèces consacrées, mais sur ce qu’elles désignent. Le sage indique la lune et l’imbécile regarde le doigt. Il ne faudrait pas que nous soyons les imbéciles de l’eucharistie à regarder l’hostie et à ne pas voir le don de Dieu, à réduire le don de Dieu à une hostie !


samedi 5 octobre 2013

"Augmente en nous la foi." Et puis quoi encore ? (27ème dimanche C)

Augmente en nous la foi (Lc 17,5-10) Quelle demande ! La foi se quantifie-t-elle, peut-on l’avoir plus ou moins ? Faut-il en faire une possession, un truc qu’on se procure comme n’importe quel bien de consommation ? Augmente en nous la foi. Quelle demande incongrue ! Quel blasphème ! Quel sacrilège ! On se croit bon, bon élève, à demander que le Seigneur augmente en nous la foi, mais on est l’hypocrite, le marchand du temple, qui transforme le plus sacré, la prière et la foi, en mercantilisme.
Pour preuve la réponse de Jésus. « La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici : 'Déracine-toi et va te planter dans la mer', et il vous obéirait. » A Rio, sur la plage de Copocabana, trois millions de personnes, un pape, des centaines d’évêques, des milliers de prêtres et de religieuses. Ils auraient bien été incapables d’envoyer un arbre dans la mer ! Tout ce monde, ce beau monde, n’aurait-il pas la foi même comme une graine de moutarde ?
Demande que Jésus traite avec miséricorde, répondant par une boutade. Est-il possible d’avoir moins de foi qu’une graine de moutarde ? Moins signifierait rien !
Demandez-vous d’aimer plus vos enfants ou parents ? Que signifierait aimer plus son conjoint ? Machine à culpabilisation, soupçon de n’en faire jamais assez, évidence prétendue qu’on pourrait en faire toujours plus. Méfions-nous de ne pas en faire trop ! Nous formulerions des demandes blasphématoires. Mieux vaut un mot d’esprit pour remettre les choses en place : « La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici : 'Déracine-toi et va te planter dans la mer', et il vous obéirait. »
Si la foi est un attachement à Jésus, pouvons-nous lui être attachés plus ou moins ?
Evidemment, si la foi c’est croire des trucs, le catéchisme, on peut y adhérer plus ou moins. On peut même y adhérer sans y croire, comme Maurras ! Certaines choses vont bien : on croit en un être supérieur qui est à l’origine de tout. Il faut bien qu’il y ait quelque chose ! Il faut bien avoir un peu d’espoir, alors, oui, après la mort, nous retrouverons ceux que nous avons aimés, alors non, ils ne sont pas vraiment morts, ils continuent à vivre, à nous habiter, voire à habiter à côté, juste à côté, de l’autre côté du chemin.
Mais la foi, ce n’est pas, fondamentalement, une histoire de trucs auxquels il faudrait adhérer, Les sept dons de l’Esprit, la virginité de Marie, la marche sur les eaux, etc. Non, la foi c’est la suite de l’ami, la poursuite du frère, ou peut-être mieux encore, le consentement à se laisser poursuivre par celui qui nous saisit.
Vous consentez ou non ? Y a-t-il en matière de relation du plus ou du moins ? Je t’aime un peu, beaucoup, à la folie, passionnément, pas du tout. Comptine crypto-érotique qui met en scène le désir, excite mais qui ne parle pas de la relation. Une nouvelle fois, que signifierait que j’aime mon père un peu plus ou un peu moins ? Un peu plus que quoi, un peu moins que qui ? C’est plutôt une autre chanson, ouvertement dragueuse qui est dans le vrai : tu veux ou tu veux pas ?
Le catholicisme est un système culturel et social, et l’on peut y tenir plus ou moins. Mais la foi n’est pas le catholicisme. Il faudra même sans doute que meure le catholicisme pour que la foi soit mieux comprise. Et la crise de l’Eglise me semble être exactement cela. Nous sommes les contemporains de l’agonie du christianisme. Et c’est tant mieux ! Et le vieux pape précédent ne s’en remettait pas. Oui, avec le mariage pour tous, avec l’euthanasie et l’IVG, avec la recherche embryonnaire, avec le capitalisme triomphant meurt la régulation chrétienne de la société. Un monde ancien s’en est allé. Un monde nouveau germe déjà, a déjà bien bourgeonné, ne le voyez-vous pas ?
Et que se passe-t-il dans ce monde ? Se pose notamment, la question de la foi. Elle ne se pose peut-être pas en priorité. Car ce sont les désespoirs des hommes qui doivent nous préoccuper d’abord, comme cette semaine à Lampedusa. Mais puisqu’aimer ce monde, aimer le frère, c’est suivre Jésus, alors, la question de la foi se pose aussi dès l’abord. Tu consens ou non ? Tu veux ou tu veux pas ?
Et nous qui prétendons explicitement avoir consenti, qu’aurons-nous ? Question encore plus blasphématoire et sacrilège que Jésus ne laisse pas le temps de poser, répondant par avance. Y a-t-il récompense à aimer notre conjoint et nos enfants ? Comme si ce n’était pas déjà joie parfaite d’aimer. Faut-il que nous n’ayons rien compris à la foi pour demander ou penser demander ce qu’il y aura pour nous. « Quand vous aurez fait tout ce que Dieu vous a commandé, dites-vous : 'Nous sommes des serviteurs quelconques : nous n'avons fait que notre devoir.' » Le Seigneur n’est pas ingrat. Il nous demande juste d’ouvrir sur les yeux de la chance que c’est de se savoir aimé par lui, d’avoir la foi. Qui ne voudrait pas être aimé ?