vendredi 2 juin 2017

La foi de ton Eglise (Pentecôte)


Ne regarde pas nos péchés, mais la foi de ton Eglise. A chaque célébration, nous répétons cette prière. Comme si nous n’étions capables que de pécher et que l’Eglise, dont tous connaissent les ignominies à travers les siècles, croyait, elle, dégagée de tout péché.
En parlant de la foi de l’Eglise, il ne peut s’agir de nier sa précarité institutionnelle, voire son péché. Pour comprendre la formule, il faut se demander pourquoi l’on parle de la foi de l’Eglise, pourquoi l’on dit que l’Eglise croit. On voit bien comment chacun peut croire, mais que signifie que l’Eglise croit ?
Cela nous invite à revoir notre compréhension du sujet, du « je », source des actes, pensées, émotions, victime ou aimé d’autrui. Pour nous, un sujet est un individu. Et cela fait longtemps que l’on pense ainsi en Occident, cela fait longtemps que la compréhension de l’évangile participe à l’advenue du « je ». Nous disons ainsi « je crois », « je crois en Dieu ».
Il est vrai, certaines professions de foi anciennes disent « nous », « nous croyons ». Elles témoignent d’une compréhension de la société différente de la nôtre. Pour le meilleur et pour le pire, la famille, au sens large, le « nous » y est plus important que l’individu, a une consistance telle qu’il n’existe pas d’individuel mais toujours du collectif.
L’importance de la communauté par rapport à l’individu sacrifie souvent les personnes qui sont engagées dans des solidarités qu’elles n’ont pas choisies. Pire, on ne supporte pas que tel ou tel sorte du lot voire remette en question l’équilibre et le style de vie traditionnel. La société traditionnelle a du mal à comprendre qu’un individu la remette question.
Il y a quelques années, j’ai demandé à une carmélite de prêcher une retraite. Les sœurs m’ont répondu que ce n’était pas leur vocation, parce que ce n’est pas individuellement mais par la communauté qu’elles rendent témoignage de l’espérance qui les habite. Voilà qui est étonnant, alors que dans notre société déchristianisée l’acte de foi paraît la décision libre et personnelle, individuelle et intime, de celui qui s’engage. Pourtant, la foi est l’affaire de l’assemblée à laquelle j’appartiens avant d’être mon affaire.
Ainsi, le Nouveau Testament montre une communauté, non des individus. Jésus n’est jamais présenté sans ses disciples, les Douze, la totalité du peuple de Dieu. L’histoire de l’Eglise, certes, s’édifie grâce à la vie de différentes personnes, mais n’est pas l’histoire de ces personnes. Regardez les Actes. La première partie suit Pierre, la seconde Paul. Mais ni de l’un ni de l’autre on ne raconte l’histoire. Que devient Pierre quand Paul prend le relai ? On ne sait pas. Que devient Paul à son arrivée à Rome ? On ne le dit pas.
C’est que l’on ne raconte pas l’histoire de Pierre ou de Paul. On raconte le trajet de la Parole de Jérusalem à Rome. N’importe pas la vie individuelle de Pierre ou Paul. Ils sont là comme des figures de l’Eglise, des visages l’Eglise.
Ce n’est pas moi, toi, lui, qui croient, mais notre Eglise. Chacun, chaque « je », pour dire la foi, se dépouille de son individualité pour servir, de façon libre et responsable, ce corps où personne ne peut vivre sans les autres membres (1 Co 12,13). N’importe pas ma foi, mais la vie du Seigneur ressuscité en son corps. Croire, c’est être au service du Seigneur pour que son corps soit vivant, pour qu’il ait une chair que l’Esprit anime. C’est l’Eglise qui croit.
Ne se pose pas la question de savoir si je suis assez croyant ou non, si j’ai des doutes ou non. Mon péché, mes limites, tout cela est oublié (il ne s’agit évidemment pas de laxisme) car c’est l’Eglise et sa mission qui importent. Regardez l’Eglise. Malgré le péché de chacun, elle demeure au service des pauvres. Regardez les chrétiens engagés dans ce service, jour après jour, visite des hôpitaux, des prisons, soutien de Caritas ou solidarité internationale. Regardez ceux qui prient, dans les monastères ou dans leur chambre. Voilà notre Eglise, celle qui s’en remet au Père. Ne regarde pas nos péchés mais la foi de ton Eglise. L’Esprit n’est pas une expérience individuelle : il se communique à l’assemblée, comme les flammes multiples d’un unique feu (Ac 2, 1-11). Qu’il est bon de se reposer paisiblement sur la foi de l’Eglise !
Sauf que certains se présentent ou sont présentés comme l’Eglise. Ils prennent, ou l’on prend, leur parole pour celle de l’Eglise, ils se servent de l’Eglise plutôt qu’ils ne la servent et se comportent comme des vedettes. Le star-système fonctionne aussi dans l’Eglise ! Or ceux-là, comme tous, parfois plus, sont pécheurs ! Scandale qui peut provoquer la haine de l’Eglise et détourne tant de monde de l’évangile. Ne regarde pas nos péchés mais la foi de ton Eglise.
N’importe jamais notre personne, avec notre péché, que nous supplions le Seigneur de ne pas regarder. Importe le trajet de la Parole, au service de tous, des Jérusalem d’aujourd’hui, sources où nos communautés prennent naissance et se désaltèrent, aux Rome d’aujourd’hui, centres capitaux de la vie des hommes, quand bien même il s’agirait de périphéries.

1 commentaire:

  1. Salut, ton commentaire sur la foi de l'Eglise est remarquable, franchement, on sent que tu as eu le temps d'y réfléchir - à ce que cela peut vouloir dire que croire en Eglise, en fonction des difficultés de tous et de chacun, de nos faiblesses personnelles, de celles de nos communautés, et de celles de la hiérarchie ! Bertrand.

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