vendredi 10 novembre 2017

La vie spirituelle (32ème dimanche)


Qu’en est-il de notre vie spirituelle ? Que pensons-nous de la vie spirituelle ? Est-elle réservée à quelques moment privilégiés, temps forts, retraites faites il y a plus ou moins longtemps, ou plus ou moins régulièrement ? S’agit-il de réciter des prières, de faire sa prière ? Chaque jour ou de temps en temps ?
Comme nombre de mots dans la foi, « vie spirituelle » est une expression cache-misère qui dissimule autant notre pudeur que notre ignorance, un de ces mots devenus techniques et que l’on a coupés de leur source, la fontaine du sens.
La vie spirituelle, avant toute chose, c’est la vie dans l’Esprit. C’est la vie de ceux qui acceptent de livrer leur vie à la force de Dieu, au doigt de Dieu, au don de Dieu, l’Esprit saint. Ce n’est donc pas un temps de prière, une retraite ou le souci de la vertu de religion et de la pratique de l’oraison. La vie spirituelle, c’est toute la vie des chrétiens.
Arrêtons de compartimenter les choses. Il aurait les moments pour Dieu et les moments où il faut bien penser à autre chose ! Si Dieu habite la chair, ce n’est pas pour être relégué dans quelques tranches horaires de notre emploi du temps, mais pour prendre possession de nos vies, en être « le Seigneur et le Maître ».
Comment vivre dans la force de l’Esprit, comment abandonner la vie selon la chair, dirait Paul ? Non en désertant la chair, ainsi qu’on le pense trop souvent de façon exclusiviste et païenne, mais en soumettant notre corps, notre vie tout entière, notre vie dans ce qu’elle a de soutien, ce qui la porte, à l’Esprit. Nous désirons depuis notre baptême être avec les frères et pour l’humanité les pierres vivantes du temple de Dieu en ce monde.
Cela ne change rien à nos vies, et n’allons surtout pas penser que nous aurions changé nos vies en y organisant un temps de prière ! Que serait une vie dans l’Esprit qui n’aurait pas besoin pour se dire et se vivre de la moindre mention des frères ? Serions-nous ainsi quittes avec Dieu ? Nos vies sont celles de tout homme et femme qui tâche de vivre dignement, avec et pour les autres, dans des institutions justes.
Mais nous choisissons que la vie ne soit pas seulement celle qui va de la naissance à la mort. Nous croyons que cette vie-là est parabole d’une autre vie, est support d’une autre vie, déjà commencée, qui va de la mort à la vie. Nous ne marchons pas vers la mort, quoi qu’il en soit des apparences et évidences, mais vers la vie, non pas demain après la mort, mais maintenant. Notre mort est derrière nous puisque nous vivons selon l’Esprit, c’est has-been la mort dans la vie spirituelle. Nous sommes citoyens des cieux, non que nous désertions ce monde, mais nous voulons y vivre déjà selon l’Esprit, c’est-à-dire avec Jésus.
C’est exactement cela que je lis dans l’évangile de ce jour (Mt 25, 1-13). L’attente de la vie transformée, l’attente des noces est longue. L’époux tarde. Comme tous les autres, nous vivons sans Dieu, parce que Dieu se fait attendre. Relisez les Ecritures, vous verrez, c’est un thème constant, sans doute beaucoup plus que celui de sa présence. Mais comme le vide de Dieu, cela ne se vend pas, surtout sous couvert de religion, on nous gave, nous nous goinfrons d’une présence, évidemment idolâtrique. On compense !
Qu’est-ce qui manque en nous que nous ne voulons pas voir parce que manquer nous est impossible ? Dieu. Et voilà pourquoi ces jeunes filles attendent, la lampe à la main. Il manque Dieu, parce que nous savons bien que tout ce que nous appelons dieu n’est pas Dieu, et que c’est quelqu’un d’autre que nous attendons.
Ce qui est curieux dans cette parabole, comme souvent, c’est qu’il manque l’épouse. Encore une absence ! Le roi lui aussi attend. Il faut du temps pour que l’humanité puisse épouser son Dieu. Il faut du temps pour qu’ils s’accoutument l’un à l’autre, dirait Irénée de Lyon.
Est-ce pour un moment seulement, cette nuit de la foi, cette absence de Dieu ? D’après la parabole, préparez-vous, il faut prévoir les réserves d’huile. Voilà la vie dans l’Esprit, veiller, dormir, mais être prêts, attendre celui qui manque. Certains n’attendent rien ; et il ne s’agit pas des athées. Il s’agit aussi de chrétiens, à la vie spirituelle parfois si exemplaire, prières, oraisons, retraites (encore une fois, la vie spirituelle se dirait sans les frères). Des trucs à faire pour remplir le trou de l’absence, la béance du manque. Qui n’a pas faim ne pourra pas être rassasié, qui ne manque pas ne pourra être comblé. Ce serait dommage d’ignorer le manque ou de le remplir par des ersatz, même, surtout, religieux !
Quant à « la prière chrétienne, elle est avant tout la prière de toute la famille humaine que le Christ rassemble. A cette prière, chacun participe, mais elle est le propre du corps tout entier qui exprime la voix de l’épouse aimée du Christ, les désirs et les souhaits de tout le peuple chrétien, les suppliques et demandes pour les nécessités de tous les hommes. » (Paul VI, Laudis Canticum, 1970)

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